Du 12 au 17 février, se tiendra, à Samarkand, en Ouzbékistan, la 14e réunion de la Conférence des Parties à la Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage (CMS COP14). Lors de cette conférence, la présidence belge aura un rôle important à jouer : elle devra orienter les discussions au nom de l’UE pour promouvoir la mise en œuvre de la CMS et concrétiser l’accord historique en faveur de la biodiversité, conclu en décembre 2022 lors de la 15ème COP sur la diversité biologique (CBD COP 15). 

Porter les ambitions de l’UE sur la scène internationale 

Le rôle de la présidence du Conseil ne s’arrête pas aux frontières de l’Union européenne, pas plus que l’impact de l’UE sur la biodiversité mondiale. Lors des sommets et conférences des Nations Unies, l'UE doit s’exprime d'une seule voix pour porter efficacement ses ambitions environnementales au niveau international. Ce sera le cas à Samarkand où la présidence aura la lourde responsabilité d’assurer la coordination de la position européenne et de représenter l'UE lors des négociations. Son objectif sera de parvenir à des décisions concrètes pour garantir la mise en œuvre efficace de la CMS, traduisant ainsi les engagements pris lors de la CBD COP 15 de Montréal.

Soutenir la mise en œuvre du Cadre mondial pour la biodiversité 

Cette COP est d’ailleurs l’une des plus importantes rencontres mondiales sur la biodiversité depuis l'adoption du Cadre mondial pour la biodiversité. Conclu lors de la CBD COP15 à Montréal, ce cadre comporte plusieurs cibles et objectifs mondiaux à atteindre à l’horizon 2030 et au-delà pour assurer la protection et de l’utilisation durable de la biodiversité. 

La COP14 sur les espèces migratrices abordera un large éventail de priorités importantes en matière de conservation dont beaucoup soutiendront la mise en œuvre des objectifs européens en matière de biodiversité ainsi que du Cadre mondial pour la biodiversité. En réalité, atteindre ces objectifs ne sera pas possible à moins de mettre effectivement en œuvre la Convention. 

La COP mettra également l’accent sur une série de menaces pesant sur les espèces et la biodiversité : changement climatique, surexploitation, perte et fragmentation des habitats, l’interaction avec certaines infrastructures, pollutions (par les produits chimiques, les pesticides, les plastiques, la lumière,  bruit).  

La nature ne connaît pas de frontières  

Le slogan  de la COP "Nature knows no borders" rappelle que la survie des espèces migratrices dépend de la collaboration internationale et transfrontalieres. Il fait aussi référence au concept de connectivité écologique de la nature, c’est-à-dire le mouvement sans entrave des espèces et le flux des processus naturels qui entretiennent la vie sur Terre. Ces connexions sont nécessaires pour le fonctionnement des écosystèmes et la conservation de la biodiversité.  

Au cours de la COP, le nouveau plan stratégique de la CMS devrait être adopté ainsi qu’un . important partenariat mondial sur la connectivité écologique.  Un autre point fort COP sera la publication du tout premier rapport sur l’état des espèces migratrices dans le monde.

L’Ouzbékistan a choisi de faire figurer la panthère des neiges dans le logo de la rencontre. Ce félin d’Asie centrale, présent sur son territoire, vit sur de très vastes étendues pouvant couvrir plusieurs pays. Menacé d’extinction du fait de la dégradation de son habitat, il symbolise parfaitement la problématique des espèces migratrices. 

Une convention pour protéger les espèces migratrices 

133 états dont l’Union européenne et ses Etats membres adhèrent à la Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage (CMS). La Belgique en est membre depuis 1990. Toutefois, les Etats-Unis, la Russie, la Chine n’en sont pas parties.  

La Convention vise à préserver et à mettre en place les conditions nécessaires à la migration et à la survie de très nombreux oiseaux mais aussi d’espèces terrestres telles que l’éléphant d’Afrique, le gorille ou d’espèces marines comme le requin baleine ou la raie Manta. Elle le fait par le biais de plusieurs accords « filles » établis grâce à une action concertée entre les États de l'aire de répartition. Ensemble, ils forment la famille CMS qui couvre une grande diversité d'espèces migratrices (accord EUROBATS sur les chauves-souris).  

Ses annexes définissent les espèces migratrices selon leur état de conservation et leur degré de vulnérabilité. L’Annexe I liste les espèces étant en danger d'extinction dans la totalité ou une partie importante de leur aire de répartition. L'Annexe II énumère les espèces dont l'état de conservation est défavorable et qui nécessitent des accords internationaux pour leur conservation et leur gestion.  

Ce sont les États des aires de répartition qui sont chargés de la protection des espèces en fonction des Annexes concernées. Ainsi, par exemple, la Belgique et d’autres pays de l’Union ont signé un accord protégeant les petits cétacés de la mer du Nord et de la mer Baltique, dont les marsouins. 

Les propositions sur la table 

Les discussions concerneront la protection d’espèces dont pour certaines, l’aire de répartition et les habitats couvrent de larges zones du territoire européen. 

L’Union européenne a proposé d’inscrire les populations de marsouins communs de la mer Baltique à l’Annexe I de la Convention qui offre le plus haut niveau de protection aux espèces menacées. L’Ouzbékistan a également proposé d’inscrire dans les Annexes le très rare chat de Pallas ainsi que pour le lynx des Balkans dont quelques individus ont été signalés récemment, en Grèce. L’Afrique du Sud a demandé d’y inclure le gypaète barbu, un rapace que l’on peut apercevoir dans les Alpes ou les Pyrénées. A l’initiative d’Israël, plusieurs espèces de raies méditerranéennes, présentes dans les eaux de l’UE comme la raie-aigle ou « diable des mers », pourraient également y être reprises. 

Ces différentes espèces sont également protégées par la CITES, la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction.